Alors que le projet de ligne électrique aérienne à très haute tension (400 000 volts) continue de susciter de vives inquiétudes sur le territoire, le Parc naturel régional de Camargue (PNRC) a récemment rappelé sa position à travers plusieurs prises de parole officielles.
Dès 2023, le comité syndical du Parc, s’appuyant sur les analyses de son Conseil scientifique et d’éthique, avait adopté à l’unanimité une délibération claire. Le projet de ligne THT aérienne y était jugé incompatible avec la charte du Parc, la charte paysagère ainsi qu’avec le classement en zones Natura 2000 des espaces concernés. Un avis défavorable avait également été rendu concernant le premier périmètre d’étude envisagé pour le tracé.
En 2025, dans le cadre du débat public sur les projets de décarbonation et de réindustrialisation de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer et de l’étang de Berre, le PNRC a poursuivi son engagement en déposant un cahier d’acteur, adopté lui aussi à l’unanimité. Ce document constitue la position officielle du Parc sur ces projets structurants.
Le Parc y affirme soutenir le principe de décarbonation, considéré comme un levier cohérent pour accompagner la réindustrialisation du territoire et renforcer la souveraineté industrielle à l’échelle nationale et européenne. Toutefois, il insiste sur une condition essentielle : cette transformation ne peut se faire au détriment des équilibres locaux. Préservation des paysages, protection de la biodiversité, respect du patrimoine culturel et maintien des activités humaines durables doivent rester au cœur des choix d’aménagement.
En juin 2026, lors de l’ouverture de la séance du comité syndical, la présidente Anne Claudius-Petit a donné lecture d’un courrier adressé par le président de la Région Sud, Renaud Muselier. Celui-ci y rappelle que la charte du Parc a toujours exclu l’accueil d’infrastructures lourdes de transport d’énergie, une orientation qui sera maintenue dans la future charte.
Le président de Région appelle par ailleurs à sortir d’une opposition frontale, plaidant pour « une solution partagée » conciliant impératifs industriels, objectifs climatiques et préservation des patrimoines naturels.
Pour autant, ces prises de position institutionnelles confirment un point central : la Camargue ne saurait être considérée comme un simple espace de passage ou une variable d’ajustement. Classée Réserve de biosphère par l’UNESCO, reconnue zone humide d’importance internationale (Ramsar) et intégrée au réseau Natura 2000, elle constitue un territoire d’exception dont les équilibres restent particulièrement vulnérables.
Dans ce contexte, la question du passage d’une ligne THT aérienne continue de poser un enjeu majeur : celui de la compatibilité réelle entre les infrastructures énergétiques envisagées et la préservation d’un patrimoine naturel unique.

